La meuf qui a 30 ans
La meuf qui a 30 ans le sent arriver facile 1 an ou 2 avant. Le vent commence à tourner. Quand elle sort, elle met 2 siècles à s'en remettre, à base de tisane detox en intraveineuse le dimanche, alors qu'à 20 ans elle pouvait enchaîner une soirée étudiante le jeudi, un anniversaire le vendredi et une sortie en boîte le samedi sans que l’once d’une ombre bleutée ne vienne se dessiner sous ses yeux qui surplombaient impétueusement le monde du haut de leur eye-liner en forme de calligraphie japonaise.
À l’aube de la trentaine, on commence à s’échanger des marques de crème anti-rides, à faire des cures de jus detox même si le goût est dégueulasse, à laisser tomber le fast-food du samedi soir, à courir le dimanche matin, à lever le pied sur l’alcool et les nuits blanches, à envier le teint frais de notre stagiaire un lendemain de fête.
Nos amies semblent soudainement atteintes d'un syndrome de reproduction frénétique. Elles se mettent à enfanter de tous les côtés, les invitations aux mariages et autres EVJF ou Baby Shower pleuvent.
Les RH de notre boîte commencent à se crisper et à guetter l’apparition d'une bague de fiançailles à notre annulaire, ce qui serait un drame pour l’entreprise.
On commence à se faire appeler Madame, Madame machin. Oui. Comme notre mère. Et si ça ne suffit pas on se prend aussi nos premiers coups de vieux quand un(e) ado nous vouvoie, même si nous aussi on a Snapchat, non mais oh faut pas déconner non plus, on est encore dans le game, petit con.
Mais la meuf qui a 30 ans doit endurer bien pire : dès qu’elle donne son année de naissance à une administration ou qu'elle révèle son âge en soirée, on commence à lui poser des questions DIFFÉRENTES. Les médecins lui demandent si elle a des enfants à charge ou son statut marital ; sa gynéco si elle a des projets de grossesse.
Car pour une femme, la trentaine c’est LA décennie où tout se passe : accomplissement professionnel, réalisation familiale, épanouissement sexuel, tout en gardant un corps au top et en étant au firmament de sa beauté.
En gros c'est la décennie où t’as pas le droit de te louper sous peine de finir en ersatz raté de Bridget Jones, triste, seule, et moche. Et on ne manque pas de te le rappeler tous les jours.
C'est d'ailleurs la seule représentation de la trentenaire dans les médias, à part dans la série "The L Word" (parce que c'est une série lesbienne ?) : on ne parle que des vingtenaires qui font des erreurs, qui expérimentent (on leur pardonne bien volontiers, en plus elles nous font rire) ou des quadra accomplies ou fraîchement divorcées qui prennent un nouveau départ (et ça, c'est respectable).
La trentenaire, avec son jonglage de professionnelle du cirque noyée sous les biberons, les cours de Yoga Bikram, les rendez-vous chez le pédiatre après sa réunion avec le service marketing et avant la soirée parents-profs, cette superwoman aux airs de Shiva, elle, n'intéresse pas grand monde.
Entre les élucubrations de "Girls" et la renaissance vengeresse des "Desperate Housewives" il n’y a rien, c'est le néant, demmerde toi ma grande c'est toi qui a voulu sortir de la maison tout en voulant élever des mouflets tyranniques...
Un compte à rebours à peine dissimulé se met en marche dans la tête de ta mère tes proches, et même si tu fais tout pour ne pas y penser, le bruit du tic-tac est inévitable et devient de plus en plus assourdissant.
Que ta grand-mère s’impatiente d’avoir des arrières petits enfants, passe encore. Mais que de parfaits inconnus aient un avis sur ta vie privée et s’imaginent qu’ils ont le droit d'en faire part ça va un peu trop loin. Exemple véridique : je parlais tranquillement avec un inconnu rencontré dans les transports (il avait 40 ans et 3 enfants) de mes projets de voyages et de création d'entreprise pour m’entendre rétorquer que je devais me dépêcher parce que pour une femme l’âge idéal pour avoir des enfants c’est 32 ans, alors que je n'avais strictement rien demandé.
Mais c’est comme ça, à partir du moment ou tu as 30 ans, tout le monde trouve totalement normal le fait de s’immiscer dans ton intimité.
C'est la décennie où l'on doit rendre des comptes, coincée entre le «je fais mes expériences» de la vingtaine et le «ce qui est fait est fait, j'assume mes choix de vie» de la quarantaine : la trentenaire est en première ligne, elle a la pression. C’est l’enfant du milieu.
Niveau dating, c’est pas mieux. Dès qu'elle entre dans la décennie fatidique, la meuf qui a 30 ans doit faire face à deux types de mecs :
ceux qui flippent en pensant qu'elle veut absolument mettre le grappin sur un bon parti et/ou trouver au plus vite une semence pour créer un petit humain (et que pour ça elle est prête à tout, même à lui faire un enfant dans le dos) ;
ceux qui se sentent obligés de promettre le package complet un peu trop vite sans qu'on ait émis aucune velléités de la sorte.
Allez, il y’a quand même des côtés positifs, mais si.
On dit que les 30 ans sont les nouveaux 20 : normalement si t’as de la chance t’as plus d’acné mais pas encore de rides, tu connais parfaitement ton corps et sais mettre tes atouts en valeur. Tu sais enfin quelle direction professionnelle tu souhaites prendre après quelques errances ou erreurs de parcours qui n’en sont pas.