La meuf que tu n'auras jamais

La meuf que tu n'auras jamais hante tes nuits et tes jours depuis que tu es en âge de te palucher le macaroni. * 

Tu es amoureux transi d'elle depuis la boum des dix ans de Victor.

Cet après midi là, sur "My heart will go on", tu avais pris ton courage à deux pieds pour traverser le salon et aller du côté filles pour l'inviter à danser le premier slow de vos vies, celui qui marquera d'une pierre blanche le début de ce qui allait devenir la grande épopée des chopes de soirées. Sauf que cette chope là marquera à jamais ton cortex frontal.

Ce moment furtif (4 minutes 27 pour être précis) t'a semblé durer une éternité. Tu avais l'impression à cet instant de vivre en slow motion, comme dans les scènes de combat de Dragon Ball Z.

Tes mains moites qui cherchaient ses hanches, ta bouche qui s'asséchait, tes yeux qui ne clignaient plus, obnubilés par sa peau si proche. Et soudain, vos appareils dentaires qui s'entrechoquent dans une union poétique de bave et de langue.

L'impression d'être devenu adulte entre le deuxième couplet et le refrain.

Elle s'appelait Bertille, ça te faisait penser à Myrtille, et tu aimais les myrtilles.

Tu n'as pas eu le temps de profiter de cette idylle naissante; ses parents ont déménagé et Bertille a changé de collège. Tu as bien essayé de garder un contact épistolaire, mais après 2 ou 3 lettres vos préoccupations adolescentes de la vraie vie ont pris le dessus et vos échanges se sont essoufflés, vos souvenirs se sont évaporés.

Par un miracle des options rares, tu as revu Bertille en seconde, en cours de japonais. A partir de ce moment là, ta vie n'a eu pour seul et unique but que de la reconquérir. C'était sans compter sur Octave, l'équivalent du Quaterback du lycée de Smallville. La douce et tendre Bertille, cette pom pom girl en puissance, n'avait d'yeux que pour lui.

C'est à peine si elle se souvenait de toi, de cette après midi chez Victor, de votre baiser et de vos lettres. Comme si tout cela n'avait jamais existé, comme si vous n'aviez pas quitté vos vies d'enfants ensemble. Durant trois ans, elle s'est pavanée au bras d'Octave, t'ignorant de sa superbe.

Une fois le bac en poche, le jour de ton premier amphi, tu t'assoies à côté d'une fille, courbée sur sa table, le visage entre ses mains. Quand elle relève enfin la tête, elle plante ses yeux humides dans les tiens.

Les myrtilles étaient délicieuses cette année là.

*Note de la meuf : vous remarquerez que j'affectionne les métaphores de pâtes italiennes ces derniers temps (d'ailleurs j'ai faim).